Un marché qui fait Führer (± bof!)

Un marché qui fait Führer (± bof!)

La terre n’est pas menacée par des gens qui veulent tuer les hommes mais  par des gens qui risquent de le faire en ne pensant que techniquement  (…), économiquement et commercialement. Günther Anders. La violence oui ou non: une discussion nécessaire

La démocratie, c’est la ménopause des sociétés occidentales, la Grande Ménopause du corps social. Et le fascisme est leur démon de midi.

Baudrillard, Jean. Cool Memories (1980-1985).

Bigre… Banque du mangement

Sur France Culture, émission Les Chemins de la Philosophie. À propos des contresens célèbres dans la philosophie, retour sur « la banalité du mal », expression figurant dans le sous-titre du livre d’Hannah Arendt, Eischmann à Jérusalem.

Je ne peux m’empêcher de penser au récent livre de Johann Chapoutot, Libres d’obéir. Le management du nazisme à aujourd’hui. Reinhardt Höhn, celui qui termine la guerre comme général SS, se reconvertira sans peine : il est à l’origine des écoles de management, ancêtres des Insead et autre IMD.

Chapoutot démonte brillamment et démontre tout aussi brillamment les similitudes entre les processus nazis d’atteinte des objectifs et les principes du management actuel.

On pourra objecter qu’il n’y a plus de Führer à suivre, dont il fallaitt respecter La Loi non écrite.

J’objecterai que l’invocation rituelle et permanente au « Marché » paraît un ersatz fort acceptable.

J’aimerais que l’on m’explique la différence qui existe entre le système de défense de Eichmann évoquant le Führer et les justifications d’un top manager se réfugiant derrière « les Lois du marché », pour justifier des licenciements, par exemple, en omettant de dire que la part variable de son salaire est liée à la diminution de la masse salariale de son salaire de CEO.

Obéissance… Marché au “pas de loi” en toute liberté

Arrivée des nazis au pouvoir, la fortune du parti, la collaboration des Thyssen, Flick, Schacht, etc., les réseaux d’évasion des SS, les conditions de la dénazification, ceux qui sont passés en procès à Nuremberg, les indemnités à Ford et Opel, le grand pardon des Américains, etc.

Mise en regard avec le livre de Johann Chapoutot, Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui. Sa mention du général SS, Reinhardt Höhn, à l’origine de la création de la première école de management – mère de l’Insead, de l’IMD, etc. et des principes de top management qui sont la Bible de la création/gestion de la plus-value extorquée sur les humains et leur environnement – en Allemagne.

Qu’il obéisse au Führer ou au Marché, le pervers continu d’écrire La Loi, pour réaliser la transcendance sur terre.

Félicitations à Mandeville et retour aux clarifications de Dany-Robert Dufour.

Et si, suivant les principes mandevilliens, Hitler avait été permis (craignant d’être taxé de complotiste, je n’ose pas penser qu’il était le pion voulu d’une stratégie) par les « super-pervers », ces grands initiés capables de renifler les mines de production de plus-values. Et si…. Voir Dany-Robert Dufour et son livre (2021) Le Dr. Mabuse et ses doubles Ou l’art d’abuser autrui.

Ceci pourrait faire espérer beaucoup du conflit russo-ukrainien, magnifique occasion de prolonger l’illusion d’un avenir de la croissance, en même temps que fournissant la preuve indéniable d’une aptitude bourgeoise aux révolutions.

Suisse… La belle neutre alitée

Toujours en liaison avec les émissions de la chaîne TV « Toute l’Histoire », à propos de « la Suisse, coffre-fort de Hitler », les « gymnastiques » méningées des responsables de la Banque Nationale Suisse, prêts à envisager une refonte des lingots que leur livrait l’Allemagne.

Monsieur Roth, ancien Top Chef de ladite banque, insiste bien sur le fait qu’il n’y a pas eu passage à l’acte. Monsieur Lambelet, éminent économiste, prend sa plus belle plume pour commettre des ouvrages qui tentent de préserver la pureté helvétique que les mythes locaux propagent le soir, au coin du feu, et que la commission Berger a souillée.

Bon courage aux propagateurs et défenseurs de la neutralité helvétique – lesquels, dans leurs argumentaires, ressemblent souvent étrangement aux Français tentant de définir la laïcité – !

Déduction certainement trop hardie : si l’on met en rapport les manœuvres des banquiers helvétiques avec l’analyse que fait Dany-Robert Dufour de la perversité, du super-fétiche qu’est l’argent et du super-fétiche originel qu’est la merde, on pourrait peut-être trouver là une origine à la Schweizerische Toilette Kultur.

Volonté de faire passer la perversité pour de la sainteté ou, de manière plus vulgaire, tentative de « cacher la merde au chat » ?

Après avoir écrit ça, je me souviens de l’exergue du chapitre III de À Côté de nous le déluge. La société d’externalisation et son prix, de Stephan Lessenich : « Quelque part des corps sont brisés, pour que je puisse habiter dans ma merde. » Müller, Heiner. Hamlet-Machine (1977-1979).

Retour sur la définition de l’humour que je fais mienne, à savoir « la capacité de transformer les sujets de désespoir en objets d’étonnement ».

Il ne faudrait pas en déduire la réversibilité de la proposition. Ce n’est pas parce que la majorité des politiques montre des aptitudes à transformer les objets d’étonnement en sujet de désespoir, qu’ils font preuve d’humour.

Cependant, en s’efforçant de maintenir intacts leurs pouvoirs, ils participent au maintien des sujets de désespoir, entraînant par-là la survie des objets d’étonnement.

Un voyage de milieu tourne autour du centre

Aymé Shaman, au centre du neutre