Autisme communicationnel

Autisme communicationnel

Genève aéroport.
Comme les autres, il est arrivé dans le wagon accroché à son téléphone comme au sein d’une bimbo (le singulier suffira !). Pas de signal de reconnaissance. Le bonjour est remis à une date ultérieure.
À la façon dont il s’écrase sur la banquette, il signifie le repos mérité. Se croit-il seul ? Va-t-il enfiler son pyjama ? Dans son attitude cependant, quelque chose indique qu’il est en représentation, indicible qui nous rassure sur la non imminence d’un strip-tease ferroviaire (la marque Eminence tricote-t-elle des pyjamas ?).
À peine assis, il compose un numéro pour nous faire profiter de sa syntaxe et des limites de son vocabulaire. L’individu qui avait signifié le maximum de distance, voir notre absence sociale, nous arrose maintenant de son intime et nous oblige à coller l’oreille à la porte de ses toilettes. S’agirait-il plutôt de chiottes ?
Impression que le rituel qu’il accomplit – il s’agit d’un rituel car il recommencera demain – est essentiel pour fonder, à ses yeux, le sentiment de sa propre existence.
Genève Cornavin.
Elles et ils se seront multipliés. La proximité se sera muée en promiscuité dans le wagon. Depuis l’oreille, la majorité des téléphones migrent sur les genoux, ce qui a pour effet de diriger les yeux vers les nombrils. Échanges intensifs vers les producteurs de sens que sont What’s up, SMS, Facebook, etc. Sous mon nombril, et presque à mes pieds, le Monde!
Connecting people by using disconnected beings.
Stratégies pour s’isoler élevées au rang de spectacle pour proclamer « Regarde comme je suis seul et combien j’ai besoin de toi me regardant et ne te voyant pas ! »