La valse des éthiquettes
Dans les années 1975, j’ai été responsable de l’organisation d’un débat avec Philippe de Weck, alors Président de l’UBS. Le titre de sa conférence : « Une réussite mal aimée : les grandes banques suisses ». Ce grand banquier qui avait fait « ses humanités », vivait une morale qui exigeait qu’il se posât des questions.
Une mode de Business schools, une explosion de bulle informatique plus tard, dans la montée du Big data et du Deep learning, alors que des Top managers paye fort cher des « retraites » dans des monastères, nous constatons la multiplication de « Chaires d’éthique », l’existence de chaires de « management éthique », fleurir les postes d’éthicien en entreprise, etc. On espère en des outils qui fourniront des réponses, dans la dispense de se poser les questions (1).
Rencontré lors d’un colloque sur la « Responsabilité sociale des entreprises », un Professeur d’économie politique me disait à peu près : « C’est incroyable, on me demande d’enseigner la morale et l’éthique. Mais de mon temps, c’était aux parents de faire cela ! ». Ce qui était du domaine de la morale, du privé et de la famille, du religieux, de l’individu face à sa conscience et à son groupe social, nous revient sous forme de produits manufacturés, dans le champ de la « chose publique », de l’économique et du politique. Drôle de jeu que celui de proclamer l’entreprise « citoyenne » quand les individus ne se sentent plus moralement obligés de participer en « citoyens » à la démocratie !
Et si la morale, telle que fondée par notre vieux fond judéo-chrétien, était antinomique avec la pensée de von Hayek et Milton Friedmann ? Et si la transformation des processus de travail rendait caduques les catégories « morales » dont se réclament les tenants de la responsabilité sociale et de la Corporate governance ? Et si appliquer consciencieusement ses catégories morales faisait mourir les entreprises qui les appliquent ? Et si vouloir brandir des principes moraux de répartition de la valeur ajoutée ne servait simplement pas à cacher que nous sommes dans un système économique de la valeur captée ? Et si de vouloir faire cohabiter ces deux logiques ne condamnait pas à la schizophrénie ?
Et si… la chaîne Emmanuel Kant allait ouvrir des boutiques à côté de chez Zadig & Voltaire?
Préférons les questions qui se posent aux réponses qui tombent!
(1) On observe cela avec les démarches Qualité et la multiplication des normes. Le message entendu dans beaucoup d’entreprise est : « Ne (te) pose pas de questions. Les réponses sont dans les classeurs dans le bureau. Tu fais ce qui est écrit et, surtout, tu n’en fais pas plus ! ».
ETHIQUE (DANS LES AFFAIRES): Les codes de conduite sont trop souvent considérés comme un moyen d’éviter une réglementation étatique, un instrument de relations publiques plus que de management et un alibi pour ne pas s’engager dans une gestion véritablement éthique.Alexander Bergmann, Contre-pensées. Au-delà du management