Gabriel : Archange. Son nom signifie « force de Dieu » ou « Dieu est mon héros ». Dans la Bible, sa fonction est principalement liée à la révélation eschatologique. En annonçant à Marie l’arrivée du Messie, l’archange Gabriel a été un précurseur du réarmement démographique.
Attal signifiant portefaix (dont le métier est de porter des fardeaux), porteur, le travail de Gabriel ne doit pas être drôle tous les jours.
On aura échappé à Azraël : l’archange des entrepreneurs des pompes funèbres et médiums.
Eschatologie : doctrine relative au jugement dernier et au salut assigné aux fins dernières de l’homme, de l’histoire et du monde.
Recréant sans cesse la rareté pour recréer l’inégalité et la hiérarchie, la société engendre plus de besoins insatisfaits qu’elle n’en comble. […] Dès que la masse peut espérer accéder à ce qui était jusque-là un privilège de l’élite, ce privilège (le bac, la voiture, le téléviseur) est dévalorisé [par] les mille produits nouveaux, rares par définition, que l’industrie lance chaque année pour dévaloriser les modèles anciens et reproduire l’inégalité et la hiérarchie sociales. […] Comment ne pas voir que le ressort principal de la croissance réside dans cette fuite en avant généralisée que stimule une inégalité délibérément entretenue ? André Gorz, Leur Écologie et la nôtre. Anthologie d’écologie politique, 1975
« La décroissance, c’est l’appauvrissements et la fin de notre modèle social » (Gabriel Attal, dans son discours de politique générale).
Si jeune et déjà si vieux !
Cette affirmation paraît vraie, à condition de définir le « modèle social » et de préciser « qui » sont les quidams le considérant comme « nôtre ».
Si le modèle social c’est l’économie financiarisée qui permet une accumulation toujours plus importante, par un nombre toujours plus limité d’individus, lesquels justifient le modèle dans un ruissellement généré par des « premiers de cordée » copieusement arrosés, alors oui : la décroissance est l’ennemi absolu.
Voilà ce que j’avais noté et je me proposais de commenter ces mots du premier ministre, l’archange Gabriel chargé des révélations, à la lumière d’un Satan qu’un autre archange, Michel, n’est pas parvenu à anéantir.
Octave Larmagnac-Matheron m’aura devancé. J’ai reçu, le 5 février, La Lettre de Philosophie Magazine, avec un article, « « La décroissance, c’est l’appauvrissement : vraiment ? ».
Merci à Octave Larmagnac-Matheron de m’éviter le travail de recherche et de rédaction. Je vais donc me contenter de citer des extraits de cet article, tout en recommandant de le lire la totalité.
“La décroissance, c’est l’appauvrissement” : vraiment ? Octave Larmagnac-Matheron (Extraits)
[…] La misère est une notion absolue : elle désigne l’« insuffisance de ressources nécessaires pour vivre ». La pauvreté, en revanche, est relative, et désigne la « privation de jouissances accessibles à d’autres ». […] Les sociétés contemporaines produisent beaucoup plus que le strict nécessaire à la satisfaction des besoins vitaux des citoyens. La partie de l’économie qui assure ou devrait assurer la satisfaction de ces besoins n’est pas le cœur de la machine à croître. « Les besoins sont limités et ne peuvent assurer une croissance indéfinie de la production. Les envies et le désir du superflu, en revanche, sont potentiellement illimités » (Métamorphose du travail,1988). C’est cette économie du superflu, du non-vital, qui est le véritable réacteur de la croissance.
Or pour Gorz, ce réacteur est fondé sur l’appauvrissement dans la mesure où il dépend de l’accroissement de l’inégalité.
[…]
La même structure qui rend possible l’augmentation de la production conduit à l’accaparement de la richesse produite par les détenteurs de capital. La concentration de la richesse et du pouvoir est inévitable.
Une machine à inégalités…
De plus, cette analyse « externe » de la croissance est redoublée, chez Gorz, d’une analyse « interne ». La croissance, on l’a dit, n’a pas de sens dans une économie qui se contenterait seulement de satisfaire les besoins vitaux. Elle réclame une économie du désir, qui elle-même suppose une logique de distinction sans fin, une « dynamique des besoins croissants et toujours frustrés ».
Inévitablement, « le seuil de la pauvreté est haussé d’un cran, de nouveaux privilèges sont créés dont la masse est exclue ».
La croissance ne se réduit donc pas, pour Gorz, à une simple donnée numérique : c’est une « idéologie » inégalitaire et donc appauvrissante.
[…]« C’est dans ce sens que nous allons actuellement : celui de la paupérisation croissante des couches pauvres et de l’opulence croissante des couches aisées », conclut Gorz dans Métamorphoses du travail.

© Delaleu Didier (oublié le lieu, le panneau « Cédez le passage » est à prendre en compte)
Qu’il obéisse au Führer ou au Marché, le pervers continu d’écrire La Loi, pour réaliser la transcendance sur terre. Félicitations à Mandeville et retour aux clarifications de Dany-Robert Dufour.
Aymé Shaman, en se signant