Pour relativiser « l’actualité » politique déprimaire_mante.
Jean-Paul Besset, 2005, Comment ne plus être progressiste… sans devenir réactionnaire (Paris, Fayard).
Gauche ou droite, démocrates ou républicains, travaillistes ou conservateurs, sociaux-démocrates ou libéraux-sociaux, communistes répliqués ou réalo-gauchos ne défendent aujourd’hui qu’une seule chose: les intérêts de la nouvelle espèce sociale dominante à laquelle le système productiviste a donné naissance, à savoir une immense classe moyenne qui, après avoir digéré la paysannerie, engloutit peu à peu le prolétariat, abandonnant à la marge un groupe protéiforme d’exclus.
C’est pour coller à l’aspiration consumériste de cet «électorat central» que les politiques choisissent soit de baisser les impôts, soit d’augmenter les prestations; qu’ils proposent de travailler plus pour que chacun puisse dépenser plus, ou de travailler moins pour que quiconque ait suffisamment de loisirs pour dépenser plus; que les uns souhaitent consolider la croissance par les profits et que les autres veulent la stimuler par l’augmentation des salaires. C’est d’un même mouvement que les néoconservateurs américains décident de nouveaux forages pétroliers dans le parc national de l’Alaska et que le Parti des travailleurs de Lula donne son feu vert à la culture du soja transgénique sur les terres conquises sur la forêt amazonienne.
En pratique, l’économie-monde ne tolère qu’une seule politique possible: la stimulation de la demande intérieure et extérieure par une offre exubérante. Un seul guide, une seule issue.
L’«impérialisme de l’économie», selon l’expression de Serge Latouche, s’impose à tous. Si, ici ou là, on cherche à en corriger les excès, au nom d’un «libéralisme éclairé» ou d’une «économie sociale de marché», il est hors de question de toucher au principe moteur de la croissance. Tout juste est-il permis de discourir symboliquement aux marges, sur des questions dites de société, où la comédie peut se dupliquer à l’infini entre tenants de la «vraie» droite et mordus de la «vraie» gauche. Exercices de pure rhétorique à destination de troupes électorales en mal d’identité.
Pour le reste, à savoir les grands enjeux auxquels l’humanité est confrontée – choc climatique, pénurie de ressources, thrombose des transports, fracture Nord-Sud, pollutions incontrôlables, appauvrissement biologique, dérives génétiques, maladies émergentes, enflure urbaine, désagrégation sociale, raz de marée démographique -, c’est la même musique. Ou le même silence. (Besset, 2005:171-2)
La vie est une échelle, mais certains prennent l’ascenseur.Aimé Shaman