Quelques propos de Paul Jorion extraits de Misère de la pensée économique (2015, Flammarion)
Algos (pas Ah! l’gosse)
Algos : abréviation de algorithmes. Désigne les automates (logiciels) conçus par des informaticiens très pointus (les mathématiciens, des physiciens, etc. sortis des grandes écoles). Les algos travaillent à très haute vitesse et sont chargés d’exécuter les ordres d’achat et de vente dans le cadre du high frequency trading (opérations à haute fréquence).
Il est à noter des investissements énormes dans le cadre de la recherche et pour la fabrication de processeurs pour les faire gagner en vitesse. Quelques millièmes de seconde plus rapide, dans un environnement de high frequency trading représentent des gains financiers énormes.
La métaphore du soliton
« Le soliton est un phénomène où un ensemble d’ondes, habituellement dissociées, sont venues s’accumuler, se superposer les unes aux autres. Les vagues à la surface des océans sont des ondes, des mouvements périodiques ; les ondes que sont les ondes ont des origines différentes. Il peut arriver qu’en raison d’une configuration purement aléatoire un ensemble de vagues se retrouvent en concordance, et leur taille s’additionnera du fait de leur superposition. Je constituera alors une vague qui, lorsqu’elle atteindra le rivage, sera d’une hauteur et déploiera une force inhabituelles. […]. Dans l’histoire humaine, nous assistons en ce moment un phénomène de l’ordre du soliton. » (p. 53).
Lotto et Algos
« La vitesse des opérations électroniques permet à un algo de réaliser, en plus d’opérations d’achat et de vente, quelque chose que les êtres humains n’ont pas la capacité ni le loisir de faire : se constituer une carte complète du marché dans son état présent, et ce en un clin d’œil. But d’une telle cartographie : réduire le risque de se tromper sur l’évolution ultérieure du marché, à la hausse ou à la baisse.
[…]. Comment procèdent-ils pour ce faire ? Ils lancent des opérations sur l’ensemble de l’offre et de la demande sans pour autant, dans la plupart des cas, véritablement acheter ni vendre : la quasi-totalité de ces opérations seront annulés, dans la mesure où leur finalité n’est pas une transaction, mais simplement la collecte des informations qui lui permettront de constituer sa carte du marché.
[…]. La constitution d’une « cartographie » permet à l’automate d’obtenir une représentation de la situation objective du marché bien meilleure que n’en eurent jamais les courtiers présents à la corbeille. En conséquence les automates se trompent beaucoup plus rarement dans les décisions à prendre que ne le faisaient les opérateurs humains d’autrefois. Ce n’est pas pour une question d’intelligence qui serait inférieure chez ces derniers, mais en raison de la vitesse des opérations et du fait que la numérisation de la procédure d’annulation la rend beaucoup plus aisé que ce n’était le cas autrefois. À ceci près, bien sûr, qu’il existe désormais une guerre et que si un algo trouve en face de lui un algo de sophistication égale, la situation s’équilibre nécessairement, jusqu’à ce que l’un d’eux développe une nouvelle stratégie plus efficace. (pp. 63-65).
Les bulles qui éclatent, ce n’est pas nouveau à la bourse, mais l’emploi des algos les rend désormais régulières et inévitables. Peut-on aller jusqu’à dire qu’elles sont nécessaires pour que chacun continu à croire à sa chance, dans une économie casino ?
En France, on n’a pas de cash, mais on a Dufflot.Aimé Shaman