Antienne psychologique

Antienne psychologique

À l’approche de quelques échéances électorales, en France, et après le succès de l’UDC, en Suisse…
Je commence la lecture d’un livre de Cynthia Fleury qui, dès les premières pages, provoque une interrogation sur la nature actuelle et du courage et des systèmes politiques qui, dans le cas de l’UDC, se proclament par antiphrase et « démocratique » et du « centre » (mais pourquoi pas : en France, le parti socialiste se prétend bien « de gauche »).

Ce même jour, terrible accident entre un bus et un poids-lourd dans la région de Bordeaux.
Le Premier ministre, le Ministre de l’intérieur, le Maire de Bordeaux (dont mon père n’était pas le sosie), plus les différentes suites (préfet, sous-secrétaires d’État, des tas de secrétaires, chauffeurs, policiers, etc.) sont venus sur place pour assurer que « la France est en deuil ». En visite en Grèce, le Président Hollande n’a pas manqué de discourir sur le malheur qui frappé le pays. Quand le compassionnel conjoncturel pallie l’absence de stratégie.
Face à une telle débauche de moyens, on en viendrait presque à évoquer mesquinement la prétendue rationalité économique et la pertinence d’une idéologie utilitariste : non, nous n’évoquerons pas la nécessité de voir diminuer la dépense publique.
Devant un tel débordement compassionnel, je n’aurai pas la mesquinerie de vouloir paraître jaloux en évoquant ma solitude lors du décès de mes parents. J’aurais trop peur de me faire récupérer par certains populistes qui voudraient faire preuve de courage à ma place. Je suis Cynthia Fleury : je ne suis pas remplaçable !

N.B.: On nous annonce que les victimes sont des retraités qui partaient en excursion. J’espère que toutes étaient au bénéfice de sa retraite et qu’aucune d’entre elles n’était auparavant entrée en collision frontale avec la CARSAT locale. Si tel était le cas, la peine sentimentale s’ajouterait à la douleur économique… Regrets de l’utilitariste de services : il n’y a pas assez de victimes pour résoudre la situation des retraites complémentaires (mais peut-être que Monsieur Emmanuel Macron, en libéralisant les transports en autocar, avait une idée derrière la tête).

P.S. Doit-on conseiller la lecture du livre que Michaël Foessel vient de sortir, Le temps de la consolation (Seuil, 2015) à l’ENA et à Science Po? Et d’abord, que pense Foessel de ces exercices de l’immédiateté compa-pulsionnelle? A mettre en relation avec le livre Je suis victime. L’incroyable exploitation du trauma (2015. Ed. Philippe Duval – Sous la direction de Hélène Romano et Boris Cyrulnik).

Cynthia Fleury. 2015. Les irremplaçables. Paris. Gallimard.
Le courage est le premier outil de protection du sujet. Se protéger, s’autoconserver plutôt que commander. Au niveau collectif, la définition du courage se fait plus ordinaire encore, non pas s’extraire pour diriger, mais approfondir la conscience et la maîtrise de la gouvernance commune, non nécessairement consensuelle. Le dissensus est aussi un moment du commun. Le courage devient ainsi l’un des grands outils de régulation démocratique, fondant tout autant la parrêsia que la common decency. Son premier acte, c’est cette revendication toute silencieuse de l’irremplaçabilité du sujet. Nous ne sommes pas remplaçables. L’État de droit n’est rien sans l’irremplaçabilité des individus. L’enjeu est ici de comprendre comment l’individu, si décrié, protège la démocratie contre ces dérives anthropiques. Faut-il encore comprendre ce que signifie « individu ». En fait, c’est la qualité du processus de subjectivation, l’individuation et non l’individualisme, qui protège la durabilité de la démocratie. (pp. 12-3).

La tradition s’épuise dans la commémoration, la reproduction dans le duplicata.Aimé Shaman