Cyprès d’avant est-ce déjà le présent?Aimé Shaman
Les causes de la souffrance psychique.
Les individus se meuvent dans un environnement d’écrans qui ne sourient ni ne pleurent, qui ignore la sympathie et sont dénués d’empathie. Ces écrans imposent à leurs « victimes » de « fonctionner » en « temps réel » (qui n’est ni du temps, ni du réel). Ce Zeitnot permanent provoqué par le maniement des objets techniques exige la course, le sprint et l’urgence qui fondent l’absence de sens, le manque de temps pour parvenir à trouver du sens.
Devant son écran d’ordinateur ou de tablette, la « victime » vivant dans le manque d’empathie cherche des compensation, son index likant désespérément des amis qui seront prêts à reconnaître son Ego condamné à être grégaire. Elle ne quittera cet écran que pour passer sur celui de son smartphone où elle surfera sur What’s app, en chemin vers son coaching de speed dating. Appel désespéré pour être reconnu.
Dans l’absence de sens et de reconnaissance, les humains fabriquent de l’agressivité qu’ils retournent soit contre eux-mêmes, soit contre les autres. En souffrance psychique, les individus adoptent des comportements qui conduisent au mobbing, burnout, TMS, harcèlement, etc.
Tous ces dysfonctionnements étaient pratiquement inconnus et leurs quelques manifestations faisaient l’objet de diagnostics qui les classaient dans les psychopathologies. Sauf à considérer le développement de ces manifestations comme un progrès de la médecine, force est d’admettre l’hypothèse qu’il s’agit là des symptômes de sociopathologies.
Plutôt que de créer les conditions qui freinent la course et qui permettraient aux individus de retrouver du sens, de se donner le temps de reconnaître et d’être reconnu, la société de marché offre des applications Smartphone qui content (et comptent) les calories brûlées (le programme étant bien fait, vous culpabiliserez si vous n’en avez pas brûlé assez !) ; Plutôt que de fournir du sens, elle administre du Prozac® ; plutôt que de donner du temps pour de l’amour, elle conseille du Viagra® ; plutôt que de créer les conditions d’être bien dans sa peau, elle ouvre des cabinets de chirurgie esthétique.
Et ainsi vont les stratégies de relance de la croissance, au prix de la souffrance des humains lesquels, en état de servitude volontaire, continuent de croire que l’accumulation de biens matériels est un préalable au bonheur.
Apparaître en mettant l’Être à part !
Olivier Rey, 2014, une question de taille, Paris, Stock.
Sitôt que l’on imagine s’adresser à des hommes de l’Antiquité ou du Moyen Âge, tels que les œuvres qu’ils nous ont léguées nous permettent de les envisager, on prend conscience de l’idéologie incorporée dans la manière dont nous pensons et parlons. Ne serait-ce que dans la manière de nous exprimer : nous mesurons immédiatement la monstrueuse abstraction de nos tournures (il n’y avait pas de « périmètres sécurisés » par les Achéens lors de la guerre de Troie, de « pôles d’excellence » dans les universités médiévales, de « prestations haut de gamme » dans les chateaux de la Renaissance, de « projets parentaux » dans les familles, etc.), l’ampleur de la créolisation technologique et administrative du vocabulaire que nous employons, qui nous sépare progressivement de nos sensations immédiates pour nous faire évoluer dans un univers d’entités fictives, de concepts fantomatiques que nous prenons pour la réalité. (p. 74).