Des livres délivrent
Extraits De Philosophie Magazine No 122, Juin 2018
À propos du livre de Raj Patel et Jason W. Moore (2018. Flammarion), Comment notre monde est devenu cheap. L’histoire inquiète de l’humanité.
Les auteurs mettent en lumière tout un système du cheap, effet du capitalisme mondialisé : La « Cheapisation » du monde touche la nature, les vies, le travail, le care – le secteur du soin -, l’énergie et l’argent lui-même, et désigne « les processus par lesquels le capitalisme transmute la vie non monnayable en circuits de production et de consommation dans lesquels ces relations ont le prix le plus bas possible ».
Nous serions non pas à l’ère de l’Anthropocène, période géologique qui sacre l’influence néfaste de l’homme sur son environnement, mais du Capitalocène, ce qui suppose de « prendre au sérieux le capitalisme, en y voyant bien plus qu’un système économique : un ensemble de relations entre les hommes et le monde ».

À propos du livre de David Graeber (2018. Les liens qui libèrent), Bullshit jobs
Ce dernier s’intéresse exclusivement au travail est un phénomène aussi répandu que peu discuté : les « jobs à la con », soit « une forme d’emploi rémunéré qui est ici totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé, pour honorer les termes de son contrat, de faire croire qu’il n’en est rien ».
[…]. Ce type de jobs, qualitativement cheap car pauvres en contenu tout en étant bien payés, prolifèrent. Bizarre ? Là encore, le contrat est contre-intuitif : dans une économie de marché censée reposer sur la rationalité, soit la minimisation des coûts pour générer un maximum de profit, une proportion importante d’emplois semblent ne servir à rien, secteurs public et privé confondus. […]. À grand renfort de témoignages qui oscillent entre ironie et désespoir, Graeber propose une explication politique. Sa thèse est audacieuse : le capitalisme ne serait rien d’autre qu’un féodalisme. Les jobs à la con n’existent souvent que pour gonfler artificiellement l’importance d’un chef, d’une administration ou d’une branche entière. Voilà à quoi tient leur utilité : asseoir le pouvoir d’une ou plusieurs personnes. Ce système de « féodalité managériale » conduit à un système hyper hiérarchisé et à des effectifs croissants à qui il est bien difficile de trouver une occupation réelle – à défaut, on leur confie souvent des « tâches à la con ». Car moralement, rien ne serait pire que l’oisiveté.

Une fois que tu as compris que la terre, c’est l’enfer, enfin le paradis ! Elle est pas belle, la vie ? Et dire que l’on veut nous priver du réel !
Aimer Shaman