Je viens chez toi, mais tu n’entreras pas chez moi !
Je continue de tenir à la notion de « schizoïdie fonctionnelle ». Dans ses tentatives à trouver des moyens de survie, le capitalisme continue de produire des pathologies. Et de nous souvenir d’Antonio Gramsci : un système n’arrête pas de mourir pendant qu’un autre n’en finit pas de naître. Ainsi s’engendre les monstres !
Un livre vient de paraître qui illustre bien, de mon point de vue, l’enfermement schizophrénique : L’impasse national-libérale (Globalisation et repli identitaire) , de Jean-Pierre Bayart (2017, Paris, La Découverte).
En considérant la situation comme pathologique, d’une pathologie ayant à voir avec la schizophrénie, et en appliquant la grille de lecture de Jean-Pierre Bayart, il me semble que nous sommes obligés de considérer l’élection de Trump ou la campagne électorale actuelle en France (ce ne sont là que de simples exemples) comme des situations « affreusement normales ». Ma grand-mère aurait dit qu’on ne peut récolter que ce que l’on sème !
Bayart était l’invité de La Grande table, sur France Culture, le 16 mars.
Mondialisation et repli, ces deux processus en apparence contradictoires, peuvent-ils s’alimenter ? Avec quelle cohérence peuvent les responsables politiques français ou étrangers louer d’une même voix les vertus de la globalisation économique et celles de la souveraineté nationale ? Jean-François Bayart estime qu’une même dynamique « national-libérale » a conduit aujourd’hui les diplomaties occidentales dans une tragique impasse : laisser le monopole politique aux marchands d’illusions identitaires est quelque chose qui doit impérativement cesser.
« Le national-libéralisme a deux déclinaisons : c’est un concept qui fonctionne comme un idéal-type, et on peut en faire une utilisation plus politique, plus ambivalente : le nationalisme pour les pauvres, et le libéralisme pour les riches. » (Jean-François Bayart).
Grâce au contrôle des pensées, à la terreur constamment martelée pour maintenir l’individu dans un état de soumission voulu, nous sommes aujourd’hui entrés dans la plus parfaite des dictatures, une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, dont ils ne songeraient même pas à renverser les tyrans. Système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. Aldous Huxley in Le Meilleur des mondes