En faire chez les autres…

En faire chez les autres…

Avant la reprise dans la recherche de proximité…

Byung-Chul Han.Le Désir ou l’enfer de l’identique (pp. 35-36)

Par le biais des médias digitaux, nous cherchons aujourd’hui à rapprocher l’autre aussi près de nous que possible, à anéantir la distance qui nous sépare de lui afin de produire de la proximité. Mais dans le rapprochement digital, nous n’avons plus affaire à l’autre : au contraire, nous le faisons disparaître. La proximité est une négativité dans la mesure où une distance est inscrite en elle. La distance est au contraire aboli. Cela ne produit pas de la proximité, mais l’abolit littéralement. La proximité laisse place à une absence de distance. La proximité est une négativité. C’est la raison pour laquelle elle est chargée d’une tension. L’absence de distance, comme dans le rapprochement digital, en revanche, est une positivité. La force de la négativité tient au fait que les choses sont précisément animées par leur contraire. Cette force d’animation manque d’une simple positivité.

Le régime néolibéral dissimule sa structure de contraintes derrière l’apparente liberté de l’individu isolé qui ne se conçoit plus comme un sujet soumis (subject to), mais comme un projet concevant. C’est là toute sa ruse. Celui qui échoue en est de surcroît responsable et transporte désormais cette culpabilité avec lui. Il n’existe pas d’autres responsables de son échec. Il n’existe plus non plus de possibilité d’effacer ses dettes et d’arrêter son expiation. De là non seulement la crise des dettes, mais aussi celle de la gratification (pp. 31-32).Byung-Chul Han