L’étroitesse de nos regards construit des autoroutes toujours plus larges. La petitesse de nos aspirations élève des tours toujours plus hautes. L’accumulation de biens matériels est censée nous satisfaire de richesses culturelles. Le nombre d’amis sur Facebook fait oublier l’absence de lien social et dans la multiplication de Like, nos Egos jouissent d’une profusion de caresses.
Comme l’écrivait déjà Guy Debord, la réalité a besoin de l’image qui la redouble pour exister en tant que réalité.
Nous sommes arrivés aujourd’hui au stade de la contre-productivité généralisée : trop de communication tue l’information, trop de loisirs tuent la disponibilité, trop d’images tuent la représentation, trop d’intentions épuise l’attention, etc. Trop de plus engendre le moins.
Force de l’ordre… la nature en cage dans une dialectique du pot et du cache-pot, une rhétorique du sac à pain dialoguant avec la boîte à pain.
La mondialisation nous enferme dans un monde qu’on nous a dessiné et prémâché, quand nos individualités nous projetaient dans un monde que nous imaginions. Toujours la confusion entre l’image et les représentations, sans la conscience que l’image empêche la représentation. Le monde se conformera désormais aux écrans décidés par les fournisseurs d’accès.
La « méditation de pleine conscience »… Voilà qui me fait craindre et pour la méditation et pour la conscience ! Matthieu Ricard médite avec les ingénieurs de Google et, dans le même temps, Éric Schmidt, ancien PDG de Google qui préside aujourd’hui son conseil d’administration, et Jared Cohen, dirigeant le think tank de Google, nous décrivent l’intimité comme une aberration, en prédisant sa fin prochaine (2013. A nous d’écrire l’avenir. Comment les nouvelles technologies bouleversent le monde).
L’espoir a laissé la place aux espérances. Croyance en la solubilité de la peur dans le principe de précaution. Oubli de la crainte dans la consommation. Croyance en la durabilité du sujet (?) dans l’obsolescence des objets. Le Soi se révèle éphémère devant les Ego grégaires.
Pierre-Noël Giraud a écrit un livre en 2000, Commerce des promesses. Petit traité de la finance moderne (Paris. Seuil). En passant du crédit à la dette, la finance passe de Tenir une promesse à Promesse de ne pas tenir.
Malgré son patronyme et le nombre de pages de son Harry Quebert, il convient de dire la vérité sur l’affaire : Joël Dicker semble condamné à écrire guère épais!Aimé Shaman