La sémantique et le numérique.

La sémantique et le numérique.

La célébrité fait autorité.

Les stratèges du référencement développent des tactiques qui ont pour conséquence de créer la confusion entre la célébrité et l’autorité. Quand la célébrité devient une autorité, ça doit être ça qu’on appelle la vie pour les actions (pour la vie quotidienne) et l’expertise (pour les sciences et techniques).

Quantophrénie… On compte les « I like », on totalise les « followers », on décompte les clics (il y a des claques qui se perdent). On algorithmise, on agglomère, on agglutine… On déglutit : une bande de « ON » ont fait mon JE. Le rONrON, quoi. JE existe, des ON l’ont rencontré !

Masturbation des égo-grégaires se masturbant devant l’image qui les représente se masturbant devant un miroir. Le monde comme prolongement de mon nombril dans l’écran de mon smartphone que je maintiens fermement à ce niveau… Écran comme interface à mon désir rétrogradé au rang des pulsions.

Dans cette tautologie spéculaire, par le miracle de la comptabilité, la célébrité se sera métamorphosée en autorité.

Dominique Cardon. 2015. À quoi rêvent les algorithmes. Nos vies à leur des big data.

A la manière de la claque théâtrale, les stratèges du marché du référencement paient ou fabriquent des sites qui citent leurs clients : ils placent des liens vers le site cible dans les commentaires de blogs, glissent subrepticement un lien dans Wikipédia, créent des « fermes » de faux sites liés les uns aux autres pour adresser ensuite un lien hypertexte vers la cible, produisent de faux contenus éditoriaux (parfois écrits par des robots) pour tromper l’algorithme. La plupart de ces techniques sont aujourd’hui devenues inefficaces en raison des modifications incessantes que Google apporte à l’algorithme pour décourager ceux qui essaient de tromper son classement. Mais ce jeu du chat et de la souris entre les webmestres et les concepteurs de l’algorithme est sans fin.

Si les mesures d’autorité affichent fièrement l’originalité du classement de l’information numérique par rapport aux médias traditionnels, elles ont aussi fait l’objet de nombreuses critiques dont la pertinence n’a cessé de se renforcer avec la massification des usages du réseau. De reproches vont conduire à un second tournant dans l’histoire des classements numériques.
Une première critique souligne que l’agrégation du jugement des pairs produit de puissants effets d’exclusion et de centralisation de l’autorité. Comme toute forme en réseau, ce qui se trouve au centre attire l’attention de tous et reçoivent une visibilité imméritée. À force d’être cités par tous, les plus reconnus deviennent aussi les plus populaires et reçoivent en conséquence le plus de clics. L’aristocratique mesure d’autorité s’abîme alors en une vulgaire mesure de popularité. […].
La seconde critique porte sur l’effet censitaire des mesures d’autorité. Ne participent au classement de l’information que ceux qui publient des documents comportant des liens hypertextes, comme les détenteurs de sites ou les blogueurs ; les autres sont ignorés. […].

L’algorithme de Google fait « comme si » les liens hypertextes transportaient de la reconnaissance dont l’agrégation centrale produit de l’autorité.
(pp. 27-8. – je n’ai pas tenu compte des notes de bas de page).

Le temps s’est abîmé dans le réel – temps réel. Et l’histoire ? étouffée dans l’immédiat de la technique. ! Le présent n’est plus interprété au regard des expériences passées, mais en fonction des projets à venir. Dans cette immédiateté a été inventé le storytelling pour tenter de faire croire à la réalité d’un devenir. From Order by noise to Disorder by buzz !Aimé Shaman