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Comme Gramsci nous l’a enseigné il y a longtemps, aucune idéologie ne pourrait jamais atteindre à « l’hégémonie » si elle servait simplement à légitimer les intérêts d’une classe particulière et à « écarter » ceux des autres. C’est leur aptitude à répondre à des besoins et des désirs humains durables qui rend les idéologies convaincantes, même si leur conception du monde est nécessairement aveugle sur leurs propres limitations. (Lasch, Christopher. 1994. La Révolte des élites et la trahison de la démocratie).
Casse Maladie _ Elle a mal
Les résultats du vote à l’initiative sur le versement d’une 13e rente AVS encouragent à mettre sur la table quelques vrais problèmes qui se posent, dans ce pays qui faisait tout, jusqu’à aujourd’hui, pour se croire heureux.
Parmi les curiosités qui s’attachent au système des assurances sociales, les caisses-maladie ne sont pas les moins intéressantes ; elles accumulent, en effet, paradoxes et contradictions. À la différence des assurances privées qui, elles, dépendent du Département de Justice et Police, les caisses maladie sont placées sous la tutelle du département de l’intérieur. Assurances sociales, elles touchent sous forme de subsides, de l’argent public des cantons.
La logique « Canada dry ».
Les assureurs privés, dans les années 1980, ont abandonné l’idée de pratiquer l’assurance-maladie ou les assurances complémentaires aux caisses maladie. Certains ont créé, à l’époque, des caisses maladie – Sanitas, lntras – car il y avait certainement un intérêt à être présent dans un secteur où se déversait de l’argent public.
Les caisses-maladie, assurances sociales, se font une terrible concurrence entre elles. Elles pratiquent comme les acteurs du secteur privé, assureurs et courtiers. Elles utilisent certains agents d’assurance comme un service externe et leur payent des commissions.
Les salaires des directeurs et cadres de certaines caisses n’ont pas à rougir de salaire versé à leurs collègues du secteur privé. Des chiffres de 800 000 à 1 million de francs ont été articulés pour certains.
Le système, dans sa totalité, ne donne pas satisfaction, mais personne ne semble avoir intérêt à le changer, les propositions faites pour un changement ressemblant étrangement à des mantras. En gros, la « gauche » évoque une « caisse unique » et la « droite » crie à la « bureaucratisation ».
Parenthèse.
Entre 1974 et 1979, j’ai travaillé comme agent, au service externe d’une compagnie d’assurances privée. Il existait env. 800 caisses maladie en Suisse. Combien en reste-t-il aujourd’hui ? Ceux qui craignent pour les gonflements en personnel d’une caisse unique devraient faire confiance au modèle économique qu’ils défendent, à savoir le marché et sa sacro-sainte concurrence. Si j’en crois les déclarations d’une « droite », le marché est capable de limiter le nombre des caisses, sans qu’existe une décision « de gauche ». Mais il faudrait également que certains discours « de gauche » arrêtent de croire qu’il suffit de proposer une caisse unique pour s’estimer « progressiste ». Fermez la parenthèse.
La réserve mathématique accompagne le nouveau client
Une proposition, sinon révolutionnaire, au moins « évolutionnaire » : que les caisses maladie qui pratiquent le débauchage de clients le fassent – dans une logique actuarielle du risque – avec transfert de la réserve mathématique accumulée, le tarif prenant en compte l’âge d’entrée du client dans la caisse précédent le débauchage.
Que les caisses maladie ne payent pas de commissions aux courtiers et aux agents qui amènent les clients et qu’elles garantissent les niveaux de prime pendant une durée de deux ou trois ans, pour le nouveau client (afin d’arrêter le système des prix d’appel).
Enfin, il faudrait que la confédération limite le salaire des dirigeants des caisses maladie. Cette dernière mesure aurait peut-être un effet indirect permettant encore aux caisses de gagner de l’argent : elle n’aurait plus besoin d’entretenir un lobby de parlementaires, à Berne. Comme on le voit, il existe beaucoup de possibilités avant l’horreur collectiviste d’une prime unique.
Histoire personnelle.
Comme je l’ai dit, entre 1974 et 1979, j’ai travaillé au service externe d’une assurance privée. Pour une meilleure compréhension de l’histoire, je suis obligé de mentionner le nom de cette compagnie : l’Helvetia accidents. Celle-ci vendait des assurances-maladie et des assurances complémentaires aux caisses maladie. Mais pour vendre à des clients qui n’avaient pas « les moyens » (et oui, déjà à l’époque…), nous avions, dans notre mallette, une caisse maladie à vendre, la caisse maladie Grütli.
J’ai travaillé dans le canton de Neuchâtel, et j’avais ouvert le bureau de La Chaux-de-Fonds. Dans le canton de Neuchâtel, les personnes économiquement faibles étaient assurées automatiquement par le canton qui payait tout ou partie de leurs primes. Un jour, je reçois un coup de téléphone des services sociaux de La Chaux-de-Fonds qui avaient « confondus » le nom de l’Helvetia accidents avec l’Helvetia caisses maladie.

Intermède
Même si le groupe privé Helvetia – vraisemblablement sous l’autorité du département de justice et police et non du département de l’intérieur – entretient l’ambiguïté : quand on fait une recherche sur Internet (où il affirme que grâce à la collaboration avec innova, Solida et Sanitas « nous vous proposons en qualité de client, tout d’un seul tenant…) – la caisse maladie Helvetia aura disparu sans la complicité d’une quelconque caisse unique.
Les services sociaux me demandaient d’aller faire une caisse maladie à un assuré automatique, artiste peintre. Je suis donc allé le voir, je l’ai assuré auprès de la caisse maladie pour le minimum légal. Le canton de Neuchâtel payerait désormais la prime. Et l’assurance restait une assurance sociale.
Comme agent d’assurances, ayant vendu une prime de la caisse maladie Grütli, j’ai été commissionné d’un montant correspondant à env. à une prime mensuelle.
J’étais très mal à l’aise. Mes parents m’ont très mal élevé et dans mon milieu se pratiquait ce qu’ Orwell appellerait certainement une common decency.
Une directive existait dans les assurances privées qui interdisaient – logiquement – de redistribuer tout ou partie de sa commission à un client. J’ai donc été demander à l’artiste peintre ce dont il avait besoin pour son art et je lui ai fait un cadeau.
L’argent public du canton de Neuchâtel permettait donc à une caisse maladie de payer des commissions à un assureur privé.
Ça a le goût de… ça y ressemble… mais ça n’est pas…
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