“En même temps…“ = socialisation de la schizo
Il y a semble-t-il à la fois du Platon, de l’industriel du XIXe siècle et du nudgeur chez Macron, un président qui a fait du triptyque positiviste « Travail, ordre, progrès » le mot d’ordre de son second quinquennat (Samuel Lacroix, Conférence de presse d’Emmanuel Macron : 50 nuances de paternalisme. Philo Magazine, publié le 18 janvier 2024).
En écoutant la conférence de presse du président Macron, , je ne sais pas pourquoi ,Docteur, mais un nom c’est imposé à moi, celui de Léopold Szondy (1896-1986), médecin psychopathologiste hongrois, fondateur de la « psychologie du destin ».
Le test de Szondi est un test projectif utilisé en psychologie et en psychiatrie (Pour des détails sur ce test). Szondi a sélectionné des photographies d’individus diagnostiqués comme porteurs d’une affection psychiatrique et a postulé que les personnes testées, en choisissant parmi les photos présentées, exprimaient une dynamique pulsionnelle. En effet, nos choix, rejets comme préférences, exprime la configuration de notre état pulsionnel. Analyser le tropisme pulsionnel et le décrypter, c’est à proprement parler « l’analyse du destin ».
En forçant le trait, et sous la forme de la boutade, je dirais que la distance est mince entre la pulsion de tueur et l’apprentissage de boucher, entre les tendances pyromaniaques et la vocation de sapeurs-pompiers. Socialisation ou non de la pulsion.
Après m’être rappelé ça, je sais mieux, dans le fond, pourquoi le nom de Szondy a surgi dans ma tête, à l’écoute du Président. Quand on ne s’accorde pas le droit d’allumer le feu n’importe où, on va l’éteindre chez les autres. Peut-être que, quand on ne peut pas faire des enfants chez soi, on parle de « réarmement démographique » chez les autres. Mais, comme le disait ce fameux sketch : « Mais Jean-Mi, cela ne nous regarde pas ! ».
Je m’arrêterai plutôt, concernant « l’analyse de destin », à ces paroles pour le moins curieuse venant d’un président de « start-up nation » : il ne faut pas que les enfants regardent trop les écrans (mais, « en même temps », il faut qu’ils achètent des smartphones). Comment réaliser le grand écart pulsionnel entre la philosophie de Paul Ricoeur et les liens hypertextes, dans une nation où il suffit de traverser la route pour trouver un travail. Peut-être que le « en même temps » se retrouvera désormais dans toutes les analyses de destin de tous les présidents de régime se prétendant « Démocraties » : marqueur de socialisation d’une déviance !
Petit rappel
Mai 2019 : Le Président Macron reçoit Zuckerberg à l’Élysée.
Un an tout juste après le sommet Tech for Good de Paris, le patron de Facebook revient en France cette semaine. L’occasion de dresser avec le président français un premier bilan de la collaboration avec le réseau social sur la modération des contenus haineux. (Les Echos, 7 mai 2019).
C’est la deuxième fois en un an que Mark Zuckerberg rencontrait Emmanuel Macron à l’Élysée ce vendredi (Le Point, 10.05.2019).
16 janvier 2024 : Conférence de presse du Président Macron.
Emmanuel Macron a commencé sa conférence de presse en annonçant qu’il entendait réguler l’usage des écrans « pour nos enfants », sur la base d’un rapport d’experts qu’il a récemment réunis, en n’excluant pas qu’il y ait des « interdictions » et des « restrictions ». Le Monde avec AFP. 17.01.2024).
À quand une rencontre, à l’Élysée, avec les responsables des cartels de Medellin et Cali, pour diminuer les points de deal en France métropolitaine ?
Nous pourrions battre les escobars sur le terrain de l’escobarderie. ( We could beat the crooks at the crook game… Podríamos vencer a los ladrones en el juego de los ladrones… Il n’y a vraiment qu’en Français que l’on peut bien escobarder).
Quid de la démocratie en numérique
Comment les hippies, Dieu et la science ont inventé internet (2023. Odile Jacob). Dans ce Livre très documenté et très agréable à lire, Gilles Babinet retrace l’historique d’Internet. Dans le chapitre 6 – Web 3.0, « 2018. La géostratégie des technologies » (extraits) :
Désormais, lorsque Tim Cook ou Mark Zuckerberg viennent à Paris, ce sont eux qui décident de ceux qu’ils accepteront de rencontrer parmi le personnel politique. Ils savent leur puissance immense. Ils peuvent aisément ouvrir un centre de recherche ou rencontrer quelques start-up, ce qui créera un signal remarqué sur la valeur des compétences disponibles dans le pays concerné. À bien des égards, ils se présentent en égaux des chefs d’États, imposant leurs horaires aux ministres, refusant initialement une rencontre avec le Sénat, dans le cas Mark Zuckerberg, et même, il y a quelques années, affirmant ne pas avoir le temps de rencontrer le ministre de l’Économie, pour Sergueï Brin, alors dirigeant de Google.
À toute échelle, l’activisme de ces méta-plateformes est particulièrement soutenu. Ainsi, à Bruxelles, il surprend jusqu’aux cabinets de lobbying, pourtant habitués à voir les acteurs économiques transférer peu à peu leurs activités dans la capitale belge au fur et à mesure de la construction d’un marché européen intégré. Des entreprises comme Uber ou Facebook n’ont pas hésité à recruter respectivement une ancienne commissaire européenne au numérique (Neelie Kroes) au poste de conseiller en affaires publiques et, cela a été évoqué plus haut, un ancien vice-Premier ministre britannique (Nick Clegg en 2018), en offrant des salaires extraordinaires (4 millions de dollars par an pour Clegg, hors stock-options) à des gens qui n’auraient que difficilement pu espérer en gagner le quart, simplifiant ainsi grandement la défense de leurs intérêts. Est-il nécessaire de rappeler que Facebook n’a pas hésité à engager une stratégie d’influence agressive afin de faire face aux accusations auxquelles le mastodonte était confronté, cela avec le soutien d’un cabinet de relations publiques, lui valant un article au vitriol de la part du New York Times ? Ces entreprises sont désormais omniprésentes dans les négociations internationales, qu’il s’agisse des grands textes européens (RCPD auparavant, DSA, DMA, DATA Act, AI Act et DCA plus récemment), des accords concernant le traitement des données échangées entre l’Europe et les États-Unis, ou encore de la mise en place de la taxe minimale de 15 % qu’ils ont prétendu soutenir en apparence, pour se battre ligne à ligne sur les textes plus techniques, traitant des notions aussi opaques que les management-fees, overhead fees, patents-fee et autres exotismes qui pourraient leur permettre de continuer à isoler des profits de la taxation des États, quels qu’ils soient. À Bruxelles, les négociateurs savent que la synchronisation de ces entreprises numériques avec la puissante direction économique (EB) du département d’État est pour ainsi dire désormais quotidienne et le numérique fait partie des sujets qui remontent en priorité au Secrétaire d’État américain. (2023:183-184)
Déjà, dans un autre temps, du « En même temps »
Ça doit être ça, le ruissellement…

Comme l’automobile, l’intelligence artificielle reste dangereuse tant qu’elle est pilotée par la bêtise humaine.
Aymé Shaman