Pour une opinion sortant de la doxa sur le match Grèce – Europe, voir le blog de Pierre Sarton du Jonchay (article du 5 juillet 2015) De l’urgence d’une parole européenne…
Sarton du Jonchay, Pierre. 2011. Capital, crédit et monnaie dans la mondialisation. Économie de vérité. Paris. L’Harmattan.
Quelques extraits pour donner envie de se pencher sur le livre: Quatrième partie : Régulation de la liquidité mondiale. Chap. XLIX. Valeur universelle, système international de prix.
Moins-value d’internationalité
Par la qualité de son contrôle, la Fed détermine la valeur réelle du dollar pour ses utilisateurs nationaux et internationaux. Mais la réalité matérielle du dollar dépend du droit que ses utilisateurs reconnaissent et appliquent. Elle n’est pas la même pour des personnes effectivement soumises au droit étatsunien et pour des personnes soumises à un autre droit. L’adhésion contractuelle à une même régulation monétaire étatsunienne n’a pas les mêmes effets de droit entre des contractants domiciliés dans des États nationaux différents. Le contractant sous juridiction étatsunienne rend compte de ses obligations devant la république et la justice étatsuniennes mais pas le non-résident. Des contractants en dollar en position d’imposer leur crédit hors du contrôle réel du système de régulation fédéral disposent d’un gisement de plus-values (je souligne) dans la réalité des asymétries de droit et de justice qu’ils imposent à leurs contreparties financières.
Les opérateurs bancaires de toute nationalité collectent des dépôts en dollar en contrepartie des règlements reçus par les déposants internationaux; règlements nécessairement issus d’achats de prime de crédit par d’autres banquiers en dollar. Tout dépôt a pour contre-réalité un objet nominal de crédit dont le dépositaire de la mesure en dollar assume le risque de perte possible du prix. La liquidité de l’éco¬nomie domestique étatsunienne est tributaire du prix auquel le système financier international apprécie les contreparties multinationales de sa masse monétaire; tributaire en conséquence des fonds propres réellement alloués par des acteurs multinationaux à leurs risques en dollar; tributaire enfin des prélèvements étran¬gers sur la masse monétaire domestique pour assurer la liquidité d’objets de crédit internationaux. Les erreurs de sous-ajustement ou de sur-ajustement de la mesure en dollar à ses objets réels sont réparties entre résidents et non-résidents étatsuniens indépendamment de leur responsabilité indistinctement de risque et de crédit (je souligne).
L’étendue des obligations sous-jacentes aux options de crédit en dollar échappe au contrôle (je souligne) de la puissance publique étatsunienne par la domiciliation des contrats hors de sa juridiction. L’arbitrage réglementaire des opérateurs financiers en dollar consiste donc à vendre des primes d’option potentiellement négatives hors des États-Unis et à acheter des primes probablement plus chères que leur prix de marché réel aux États-Unis. Les plus ou moins-values potentielles du capital en garantie du risque de crédit sont asymétriquement domiciliées (je souligne) de façon à laisser aux États-Unis les pertes de crédit non couvertes par la propriété du capital. Les pertes de crédit non intégralement achetées par le marché sont prises en charge par la Réserve Fédérale dans les risques latents non réellement mesurés qu’elle achète par ses crédits à l’économie étatsunienne. La contrepartie bénéficiaire de ses risques latents est dans la masse monétaire détenue hors des États-Unis par des déposants non identifiables par une quelconque autorité publique officielle. (pp. 535-6)
Plus-value de transnationalité
La crise originellement étatsunienne des subprime concrétise l’instabilité de la matière monétaire mondiale en dollar non régulée par un marché transparent des risques (je souligne). Le prix économique des options de crédit d’objets réalisables de valeur n’est pas connaissable. La titrisation du financement de l’immobilier aux Etats-Unis a servi à négocier des risques de crédit en dessous de leur prix réel. La rétrospection révèle à partir de 2007 une anticipation excessivement optimiste de la réalité 1. Mais dès leur origine, la mesure en risque des titres subprime a été vendue à des investisseurs internationaux de sorte que la contre-réalité des pertes potentielles sous-jacentes de crédit ne soit pas totalement saisissable sous juridiction étatsunienne. La titrisation internationalisée d’objets de risque subprime a procédé d’un arbitrage de réalisme des normes étatsuniennes d’évaluation du risque. Les juristes financiers étatsuniens ont transformé leur anticipation de réalisme juridique en opportunité d’investissement (je souligne). Ils ont acheté le prix de l’irréalité du droit étatsunien non mesuré sur les marchés financiers.
L’effondrement du marché du risque immobilier aux États-Unis a dans un premier temps été masqué par les faibles encours de prime cotés aux États-Unis; puis massivement révélé par les pertes des intermédiaires non bancaires garants des émissions de titres subprime. L’ampleur de la sous-évaluation des primes, donc de la surévaluation réelle des financements à l’immobilier est restée invisible au régulateur étatsunien de la liquidité. Les encours de risque de crédit objectivement portés hors du périmètre de contrôle national ont laissé croire que les opérateurs financiers étatsuniens disposaient de fonds propres abondants par rapport à leurs encours de crédit. L’effondrement des anticipations financières d’abord entre opérateurs financiers puis sur le marché boursier s’est produit quand la masse des objets étatsuniens et étrangers à adosser à la masse monétaire en dollar n’était plus intelligiblement proportionnée; quand la mesure en certitude nominale de droit étatsunien a contenu trop d’incertitude de la réalité.
Le marché transnational met fin à l’opacité d’origine des objets sous-jacents à la masse monétaire en dollar. Les autorités monétaires étatsuniennes acquièrent la capacité de vendre à la transnationalité leur risque d’origination d’objets étrangers financés en dollar(je souligne). Tout emprunteur domicilié hors du territoire étatsunien achète l’option d’origination de son besoin de financement à un banquier de marché en bancor: il dépose ses comptes et ses actifs sous régulation transnationale de la stabilité financière. Le régulateur étatsunien fait alors obligation à toute banque ressortissante vendeuse de liquidité à des non-résidents d’acheter le nominal de tout objet de financement au marché bancaire transnational. La transaction revient à échanger un crédit en bancor contre un crédit en dollar, à vendre un certificat de dépôt en bancor contre un certificat d’investissement (je souligne). La banque étatsunienne règle ou reçoit la prime de change qui traduit le prix relatif du prix d’origination en bancor par rapport au prix d’origination en dollar. (pp. 536-7)
Note 1. L’écoulement du temps transforme le risque des anticipations financières en réalité concrète de plus ou moins-value. Le risque transmute en certitude rétrospective à l’échéance originelle de son anticipation. Le problème révélé par le financement subprime de l’immobilier n’est pas l’erreur d’anticipation mais l’incapacité structurelle du système financier à assumer ses anticipations par la réalité effective. Il n’y aurait pas eu de crise des subprime si l’ensemble des acheteurs de causes du crédit subprime avait eu les fonds propres suffisants pour absorber toutes les erreurs d’anticipation (je souligne).
Pour ceux qui connaissent la musique, tirer un chèque en blanc sur une grosse caisse noire est à leur portée : ils ont la clef.Aimé Shaman