En faire chez les autres…

En faire chez les autres…

Au-delà de la société de la discipline

Byung-Chul Han.La société de la fatigue (pp. 51-52)

la société de la discipline de Foucault, composé d’hôpitaux, d’asiles, de prisons, de casernes et d’usines, n’est plus la société d’aujourd’hui. Elle a été remplacée par une toute autre société, une société des salles de fitness, des tours de bureaux, des banques, des aéroports, des centres commerciaux et des laboratoires de génétique. la société du XXIe siècle n’est plus une société de la discipline mais une société de la performance. Même les individus qui la composent ne sont plus des « sujets obéissants » mais des sujets performants. Ils sont entreprenex-mêmes. Dès lors, les murs des institutions disciplinaires qui traçaient une frontière entre le normal et l’anormal, semblent archaïques. L’analyse que fait Foucault du pouvoir ne peut pas décrire les modifications psychiques et topologiques ayant lieu avec le passage de la société de la discipline à la société de la performance. Même le concept, souvent usité, de « société du contrôle » n’est pas satisfaisant pour décrire ce changement il contient encore trop de négativité.
La société de la discipline était une société de la négativité. Elle était caractérisée par la négativité de l’interdit. Le mot négatif dominant était « défense de ». Même le verbe devoir contient une négativité inhérente, celle de la contrainte. La société de la performance se débarrasse toujours plus de la négativité. La dérégulation croissante est en train de la supprimer. Pouvoir sans limite et le verbe positif de la société de la performance. Son pluriel collectif, l’affirmation Yes, we can, exprime justement le caractère positif de la société de la performance. Les interdits, les règles et les lois ont été remplacés par les projets, les initiatives et la motivation. La société de la discipline était encore dominée par le mot non. Sa négativité engendrait des fonds et des criminels. La société de la performance donne en revanche naissance à des dépressifs et des ratés.