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Le pouvoir, dans les sociétés modernes, n’a pas de sujet […]. Sa réalité est structurelle : il découle de l’existence d’un appareil de domination qui confère un pouvoir fonctionnel à ceux qui en occupent les postes […]. La nécessité de s’emparer de l’appareil de domination afin de le changer par la suite est l’illusion constante du réformisme. […] Si ses représentants s’emparent de l’appareil de domination mis en place par le capitalisme, ils reproduiront le type de domination qu’il a mis en place et deviendront à leur tour une bourgeoisie de fonction. Gorz, André. 1980. Adieux au prolétariat.
Quand toute la forêt amazonienne sera détruite, on respirera quoi ? L’oxygène qui sort des poireaux ?
Gourio, Jean-Marie. Brèves de comptoir
Cela fait quelque temps que je n’ai rien « posté » car je suis pris par un thème chronophage. Un ami m’a « challengé » – à l’époque du néolibéralisme, on challenge quand, du Moyen Âge aux trente glorieuses, on provoquait.
« Mais la démocratie, tu la remplaces par quoi ? » La citation que je fais de André Gorz, ci-dessus, dit déjà, je pense, ce qu’il ne faut pas faire pour la remplacer.
Je reçois ce matin le Canard enchaîné. Article de Jean-Luc Porquet. Sans autorisation, je le reproduis intégralement. Je n’ai d’autre alibi que Marc Hunyadi qui m’a convaincu que « c’est la confiance qui nous relie au monde. » J’espère que Porquet et le Volatile ne seront pas fâchés.
Si la campagne disparaît, où c’est qu’on va ranger tous les arbres ?
Gourio, Jean-Marie. Brèves de comptoir
Leur écologie et la nôtre ? On y est
IL EST de beaux hasards, comme celui qui nous fait mettre la main, dans une bibliothèque amie, sur un recueil d’articles d’André Gorz, alias Michel Bosquet (1). Et tomber sur l’un de ses textes les plus connus, « Leur écologie et la nôtre ». Tiens, si on le relisait ? On le fait. On découvre à la toute fin que ce texte a été publié pour la première fois dans le mensuel écolo « Le Sauvage », en avril 1974. Voilà pile un demi-siècle. On en reste sidéré : il décrit exactement ce qu’il se passe aujourd’hui.
« L’écologie, c’est comme le suffrage universel et le repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de [‘obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change. » On y est (même Macron se prétend écolo). Gorz montre que le capitalisme est bien obligé de prendre en compte les contraintes écologiques, car ce qui hier ne coûtait rien ou presque – l’eau, l’air, les ressources naturelles – a aujourd’hui un prix.
Les firmes polluantes devant désormais dépolluer, recycler, épurer, « tout se passera comme si le coût de la dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des marchandises ». On y est (stagnation des salaires).
« Les inégalités se creuseront. Les pauvres deviendront relativement plus pauvres, et les riches plus riches. » On y est.
« On détournera la colère populaire par des mythes compensateurs, contre des boucs émissaires commodes (les minorités ethniques ou raciales, par exemple, les « chevelue », les jeunes). » Les méchants immigrés et les méchants « écoterroristes » : on y est.
« L’Etat n’assoira plus son pouvoir que sur la puissance de ses appareils : bureaucratie, armée, police, milices rempliront le vide laissé par le discrédit de la politique et la disparition des partis politiques. » On y est (ne manque que les milices).
Gorz l’explique: aujourd’hui, seule la croissance permet de maintenir un semblant de répartition des richesses. Elle est essentielle à la survie du système. Mais cette « fuite en avant généralisée » n’est pas tenable. « La société engendre plus de besoins insatisfaits qu’elle n’en comble. » On y est. « La devise de cette société pourrait être : ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as « mieux » que les autres. »
Gorz préconise l’inverse : rompre avec l’idéologie de la croissance. Et prendre pour devise: « Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car, dans une société sans privilèges, il n’y a pas de pauvres. »
On n’y est toujours pas …
Jean-Luc Porquet
(1) « Ecologie et Politique – Ecologie et Liberté »,Arthaud Poche, 2018, 336 p., 7,90 €.
Le Canard enchaîné – mardi 30 avril 2024 – 5
Cure de jouvence dans la référence à André Gorz et rappel de la pertinence dans certaines de mes références.
Retour de la féodalité sans les communs?
Une loi vient d’être votée qui empêche les libres déplacements du « peuple » dans la nature. Deux Marquis viennent – certainement parmi d’autres – de mettre en vigueur sur leurs terres. Il me semble que certains ont déjà des réponses à par quoi remplacer la démocratie.
Pour une suite à André Gorz,
le dernier livre de Alain Damasio, Vallée du Silicium . « La matérialité du monde est une mélancolie désormais » ?
Reporterre, Entretien avec Alain Damasio

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Aymé Shaman, qui se régale